| Et
si nous parlions d'amour ?
Le dictionnaire définit lamour comme étant une attirance profonde
et désintéressée pour un être ou une chose. Nous percevons
bien une différence selon que le sentiment daimer sadresse
à un être ou à une chose. Et quen est-il encore de lamour
porté à un être proche et de celui porté à lautre
que lon souhaite aider parce quil est dans la détresse ? Quelles
raisons peuvent dailleurs pousser à un engagement auprès dêtres
en difficulté qui nous sont inconnus, avec lesquels nous navons tissé
aucun lien particulier ? Amour, altruisme, compassion, pitié
? Peut-on
aimer un être, ou tout au moins lui porter secours dans le malheur de façon
adaptée si, du refus plus ou moins conscient de la prise en compte de ses
caractéristiques dindividu ou despèce, découle
une souffrance psychique par non-respect de ses besoins fondamentaux, de son langage,
de sa culture ? Et
si parfois les bienfaiteurs, inconsciemment, devenaient bourreaux ? Le
cas particulier des enfants-loups dInde, relaté par le livre tiré
du journal du Révérend Singh, est un exemple des véritables
tortures morales qui peuvent être infligées avec les meilleures intentions
du monde. Leurs « bienfaiteurs » ne pouvaient pas comprendre quon
ne pouvait agresser, pour non respect des codes culturels humains et impossibilité
dy adhérer, des enfants, certes humains à la base, mais imprégnés
de la civilisation du « canis lupus ». Parce que la sensibilité
de ces bienfaiteurs étaient heurtée, sous couvert de rédemption
de leurs âmes soi-disant égarées, ces enfants ont subi le
martyre dune captivité et dun dressage incompréhensible
pour eux. Il
a fallu des décennies pour que les hommes secourant les hommes dun
autre peuple, dune autre culture, dun autre continent comprennent
et admettent lidée, si évidente aujourdhui et si incomprise
hier encore, quon ne sauvait aucun être sans respecter ses croyances,
sa culture, ses traditions. Les charitables soffusquaient devant les réticences
de ces peuples aux traditions différentes à accepter leur culture,
leurs richesses, avec lempressement et la gratitude attendus. Et
la charité dévoilait alors son vrai visage
Comment
dans nos sociétés occidentales prônant lamour du prochain,
sont encore parfois traités les malades physiques et mentaux, les vieillards
? Depuis combien de temps pense-t-on que le fait de naître noir nest
pas synonyme de naître esclave ? Le droit de vote des femmes, depuis quand
? Et la liste est loin dêtre exhaustive. Un
jugement porté sur la différence de lautre, sur une infériorité
réelle ou supposée, lui ôterait-il une partie de sa dignité
et permettrait-il de tolérer pour lui des compromis avec sa conscience,
inadmissibles autrement ? Cette
barrière infranchissable que lhumanité a progressivement érigée
entre elle et lanimalité, quelle sorte damour nous permet-elle
pour cet autre regardé au travers du filtre de nos yeux embués danthropocentrisme
lorsque déjà, nous avons accepté autrefois et parfois encore
maintenant, des accommodements avec notre conscience, des justifications de nos
actes envers nos semblables au nom de la différence, de la facilité,
de lurgence, de l'incompréhension ? Pouvons-nous
nous libérer de ce refus, inscrit dans linconscient collectif humain,
de notre propre appartenance au règne animal, une façon probablement
de nous rassurer sur notre supériorité intrinsèque ? Sommes-nous
aptes alors à comprendre les besoins, les souffrances dêtres
sensibles dune autre espèce et les estimer à leur juste valeur
? Il
semble que lamour ait parfois pris ses aises, se soit arrangé de
la réalité au détriment de lanimal, et des chiens vivent
au gré des humeurs de certains défenseurs de la cause animale, mais
personne noserait remettre en question leur « amour des animaux ».
Eux-même, sans doute, nen sont pas conscients. Voici
pourtant quelques histoires bien réelles :
Un chien déjà abandonné, retrouvé lié par une
chaîne si serrée quelle lui entaille le cou, sera replacé
par son sauveur dans une famille psychologiquement instable
en toute connaissance
de cause. Est-ce supportable ? Il sera brutalement abandonné quelques semaines
plus tard. Une
personne conduit son chien de 10 mois à leuthanasie pour navoir
pas su comprendre ce quest un molosse et se voit confier la vie dun
autre chien qui a déjà subi plusieurs abandons, parce quelle
a été cambriolée
en toute connaissance de cause. Est-ce
acceptable ? Il sera abandonné quelques semaines plus tard. Comment
défendre lidée de confier un chien traumatisé, caché
en boule au fond de son box, nosant pas vous regarder, à des personnes
désirant ladopter dans lintention de le donner ensuite à
des inconnus ? Que vaut la vie du chien aux yeux de ses défenseurs ? Et
ces placements « au petit bonheur la malchance » auxquels, tout en
faisant semblant de râler, on shabitue ? On hausse les épaules
au sixième abandon du même chien, mais comme on sait se dégager
de toute responsabilité. Après tout, ces pauvres chiens nont
vraiment pas de chance. Certes, mais
Comment
tant de compassion et de dévouement de la part des « amoureux »
des animaux ont-ils pu devenir insidieusement complices de justifications hasardeuses,
de placements dangereux pour le chien lui-même ? Accepter
lidée quun chien, déjà déraciné,
puisse passer dune famille à lautre en espérant que
ce sera enfin la bonne, cest ajouter au désarroi dun animal
qui a perdu tous ses repères et dont le psychisme ne peut pas plus supporter
les traumatismes répétés que nous ne le pouvons. Cest
infliger de nouvelles violences à des animaux déjà en grande
souffrance. Ne
faut-il pas cesser de croire quagir suffit à justifier le bien-fondé
de nos actions ? Attirance
profonde et désintéressée
Désintéressée
? Combien de décennies faudra-t-il encore pour que lexpression «
amour des animaux » prenne tout son sens et que ce soit lanimal, enfin,
qui bénéficie de lengagement, de laide des « amoureux
des animaux » et non plus lhomme ? Dans
les contes du Chat Perché de Marcel Aymé, le chat de la ferme décide
de ne pas tuer la souris. Il la laisse libre de courir, jusqu' entre ses pattes...Pour
se répéter avec délice et vanité : "je suis bon,
je suis bon
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